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C´est dans le cadre de notre opération « L´Esprit du Combat » que nous
sortons le premier tome d´une nouvelle série qui ne fait pas dans la
dentelle : Baki. Ce manga de Keisuke Itagaki est mythique au Japon, et
le lecteur un peu curieux comprendra très vite pourquoi : ce manga
délirant aux graphismes exagérés propose au lecteur un univers unique.
En ce sens, la démarche du mangaka est à rapprocher de celle de
Hirohiko Araki, auteur du très reconnu Jojo´s Bizarre Adventure. Les
deux dessinateurs ont créé des oeuvres qui possèdent chacune une
personnalité bien marquée. Arrêtons ici la comparaison.
Baki ne déambule pas dans les méandres d´une intrigue trop noueuse ; le
but est clairement posé dès le départ : présenter aux lecteurs des
affrontements grandiloquents entre individus tous plus dérangés les uns
que les autres. Et Keisuke Itagaki n´hésite pas à exagérer à l´outrance
ses scènes d´actions. Cerveaux déchiquetés, muscles déchirés, murs
anéantis... L´auteur n´y va pas par quatre chemins. L´intérêt est alors
de découvrir la mise en scène, et de quelle manière l´auteur va
prolonger son délire hors du commun. Mais attention c´est toujours et
quand même la quintessence des arts martiaux et l´Esprit du Combat des
japonais que l´auteur nous assène et nous écrase dans la rétine. Et
l´amour de l´autre et l´humour sont quand même là.
Pourtant grâce à une démarche de l´auteur parfaitement assumée, Baki
devient par moment véritablement artistique. Les corps des personnages
offrent des muscles sur gonflés, tranchant avec le dynamisme
esthétisant de certaines pages. Il en résulte un mélange (d)étonnant
qui ne cessera de stimuler l´imagination du lecteur.
Au-delà de ces aspects, Baki pourra être une série véritablement
populaire. En étant lu comme une oeuvre excessive par les jeunes en
quête d´identité. Mais les amateurs de kitsch et de « mauvais goût »
pourront jubiler devant les côtés (auto)parodiques de ce manga et les
xième degrés de lecture pourraient satisfaire des intellos branchés. Si
l´on s´intéresse un tant soit peu au Japon, on ne peut nier l´aspect
profondément contradictoire de ce pays et Baki s´inscrit parfaitement
dans cette démarche. La violence exacerbée de ce manga fait écho aux
besoins exutoires des jeunes japonais tout en cultivant un discours
sous-jacent de l´autodéfense la plus explosive... En France, la
jeunesse traverse une crise identitaire manifeste, Baki pourrait alors
s´imposer en tant que catalyseur d´une violence volontairement
maîtrisée mais dont le besoin de guides, de maîtres avertis mais
discret peut bien se contenter, en jouant gagnant, d´un manga de quai
de gare.
Attardons-nous sur l´auteur. Ce dernier a fait parti des forces de
défenses japonaises pendant quatre ans, avant de se plonger dans sa
carrière de mangaka. On comprend alors la violence excessive de ses
oeuvres, mais aussi que Keisuke Itagaki maîtrise parfaitement son
sujet. D´ailleurs Keisuke Itagaki ne dessine que des histoires de
combat démentielles sur fond d´arts martiaux les plus orthodoxes. En
1987, il est rentré dans l´école de manga de Kazuo Koike. Un gage de
qualité qui fait qu´il en est arrivé à Baki et que Baki se vend partout
au Japon.
L´univers de Baki est unique, il vous dégoûtera autant qu´il vous
plaira. La question est de savoir si vous êtes prêts à faire le premier
pas ?
Parce qu´après on ne pourra plus arrêter la bande de tarés qui veut se faire la peau de Baki.
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